La compassion qui tue.

  • Par Simon Lessard
  • 23 Février 2010

Le mot compassion est de nos jours ambigu. On tend à l’utiliser à toutes les sauces et même pour désigner des réalités parfois contraires. Certains donnent la vie par compassion, d’autres, dans la même situation, donnent la mort par compassion. Ce qui signifie étymologiquement souffrir avec et pour l’autre glisse de sens et devient ne plus souffrir du tout... ni moi ni l’autre, jusqu’à faire disparaître celui qui souffre si nécessaire. Cette pseudo-compassion est un mensonge meurtrier, une tentative de justification de l’injustifiable, une déculpabilisation dans un monde ou la culpabilité est un ennemi à abattre. Mais la véritable compassion ne devrait-elle pas rendre solidaire de la douleur d’autrui, plutôt que de supprimer celui dont on ne peut plus supporter la souffrance?
À l’heure où le Québec est en train de «réfléchir» sur la pratique de l’euthanasie, souvent vendu comme une manière de «mourir dans la dignité» ou plus crûment de «tuer par compassion», je vous invite à lire l’article percutant de Mgr Michel Schooyans dénonçant les pièges de la compassion qui guette notre société et même de nombreux catholiques.
Sa conclusion, elle, est sans ambigüité. La vraie compassion est toujours une charité prête à souffrir par amour, mais la pseudo-compassion est un refus de souffrir déguisé en amour : La pseudo-compassion, souvent invoquée en faveur d’auteurs d’actes en soi mauvais, tel l’avortement, conduit donc au scandale ; elle invite les autres à pécher gravement. Le scandale, c’est la première chose à éviter. La pseudo-compassion conduit aussi à l’hérésie, à la déchirure dans l’Église, car elle incite les fidèles à s’écarter d’un point non négociable de la doctrine de l’Église : le devoir de respecter la vie innocente. La pseudo-compassion renforce la dérive vers la “tyrannie du relativisme”, que l’on observe chez certains pasteurs et/ou théologiens. À terme, la pseudo-compassion pourrait conduire à une situation dans laquelle la doctrine de l’Église et la morale naturelle résulteraient d’une procédure consensuelle et se formuleraient dans des compromis.
Certains, abusés par la pseudo-compassion vis-à-vis de ceux qui pèchent publiquement contre la vie, estiment que l’Église est, sur ces questions, fort sévère. L’Église, en effet, ne mâche pas ses mots: “Les excommuniés et les interdits […] et ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste, ne seront pas admis à la sainte communion”. Or si l’on se souvient du caractère mensonger et violent de la pseudo-compassion, on observera aussitôt que cette sévérité n’est qu’apparente, qu’elle est même une haute expression de la charité. Elle est un appel urgent au changement de vie. Le refus de donner la communion pour les raisons que nous avons rappelées n’est que l’expression de l’amour de l’Église pour les plus faibles, et l’invitation à la repentance adressée à ceux qui risquent de rester enchaînés dans leurs péchés, et d’y enchaîner les autres.


1 commentaires


Debra  25 Février 2010, 12 h 45

Très belle réflexion, Simon!

J’ai été surprise de lire cet article dans le Soleil cette semaine, qui abonde dans le même sens, dans une persepective séculière!

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201002/17/01-952789-audiences-sur-leuthanasie-un-constat-dechec-pour-la-societe.php


Écrire un commentaire

Nom *

Courriel

Entrez le mot pour ajouter le commentaire: